« Et la joie de vivre »  de Gisèle Pélicot

Yseline Fourtic Dutarde et Yasmine El Jaï ont lu le livre de Gisèle Pélicot et en partagent leurs impression d’un très beau livre qui parle de reconstruction, recherche du bonheur et sororité.

Un an et quelques après le procès des violeurs de Mazan, Gisèle Pélicot raconte son histoire, nous partage la vie qu’elle a passé à chercher — et à construire — le bonheur comme une réparation. Toute son existence semble guidée par ce désir d’apaisement, cette conviction profonde qu’il est possible de se relever, de se réinventer, de bâtir une vie heureuse malgré les blessures du passé.

Et c’est précisément pour cela que la violence qu’elle a subie pendant 10 ans — les viols commis et orchestrés méthodiquement par Dominique Pélicot — résonne comme une déflagration. Elle parle même d’avoir pris d’un choc avec un TGV à pleine vitesse. Cela n’a pas uniquement détruit et abîmé son corps, en le réduisant à object : c’est la ruine de la croyance même en la joie de vivre, la perte de tout ce bonheur qu’elle croyait vivre dans son couple et sa famille.

Un livre sur la résistance, pas sur la victimisation

Ce qui frappe dans ce témoignage, c’est qu’il ne se fige jamais dans la douleur. Gisèle Pélicot ne cherche pas à se poser en victime secondaire. Au contraire, elle explore des stratégies de défense et de parole, comme ce refus du huis clos judiciaire : choisir la lumière plutôt que le silence. Elle a repris possession de son histoire, que cette histoire soit utile pour d’autres victimes. Elle a refusé d’apparaitre comme la victime abattue, en gardant la tête haute, ne se laissant pas défier du regard par les violeurs.

Ce refus devient un acte de résistance qui a eu un écho international.

La puissance de la sororité

Au cœur du récit, une force rayonne : la sororité. Gisèle Pélicot en témoigne avec une reconnaissance immense. En refusant l’enfermement et en s’exposant à la parole publique, elle découvre un réseau de femmes qui se tiennent ensemble, sont présentes chaque jour du procès. Cette solidarité devient son ancrage : la preuve que la reconstruction n’est pas qu’une affaire individuelle, mais aussi collective.

Sans cette communauté de femmes, dit-elle, elle se serait sans doute effondrée. Cette idée, à la fois simple et bouleversante, donne tout son sens au titre du livre : la joie de vivre n’est pas naïveté, mais résilience partagée.

Un très beau livre, profondément humain

Et la joie de vivre n’est donc pas seulement un témoignage sur la violence ou la justice : c’est une méditation sur la reconstruction et la puissance du lien humain.
C’est un livre d’une justesse rare, où la lucidité et la tendresse coexistent.
Un livre qui rappelle que, même au cœur du traumatisme, il reste un espace possible pour la lumière.

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