Anthropologie des violences faites aux femmes – pascal picq

Ce n’est pas un roman à lire sur la plage, mais c’est un livre original, puissant et accessible. Pascal Picq, scientifique,  paléoanthropologue, mondialement reconnu, dont on avait déjà lu Et l’évolution créa la femme, nous invite à nous interroger dans l’espace et dans le temps : les violences faites aux femmes seraient-elles le propre de l’homme ?  Est-ce une caractéristiques de notre espèce ?

Après avoir fait un point objectif des féminicides dans le monde aujourd’hui, en évolutionniste, il se pose la question de quels avantages fondamentaux les mâles retirent dans les sociétés actuelles du maintien voire de l’aggravation de régimes de coercition et de violences masculines ?  

il revient sur des idées reçues et la reconstruction depuis plus de deux siècles de la vision historique faite par les hommes, pour les hommes,  de la place des femmes et la construction idéologique de la domination masculine et du patriarcat : les religions, la Renaissance, la Révolution, le code Napoléon, l’ère industrielle et le XIXème bourgeois… Par exemple, contrairement aux idées reçues et du récit national forgeant notre inconscient collectif, l’archéologie démontre que les femmes de la préhistoire chassaient comme et avec les hommes. On est loin de l’idée de l’homme fort, chasseur,  et de la femme petite chose recluse dans la caverne à veiller sur le feu et les enfants !

Puis en comparant les espèces, il part du constat anthropologique que la violence sexuelle est un phénomène rare chez les mammifères et qu’elle s’exerce surtout pour augmenter leurs chances de s’accoupler à une femelle fertile, notamment chez nos frères les grands singes. Il distingue le harcèlement, le gardiennage, la coercition écologique – l’accès aux ressources – , les viols, les infanticides et le meurtre des femelles.

Mais cela ne concerne que 10% des 4 500 espèces de mammifères.

L’analyse comparative des sociétés montre en revanche que les violences sexistes qui s’ajoutent aux violences sexuelles sont une spécificité de l’Homo Sapiens, absente chez tous les animaux, y compris les grands singes !

En analysant le coût social, sanitaire, économique, écologique, de la domination masculine qu’il extime à plus de 12 milliards par an, il démontre que les violences sexuelles sont un déterminant majeur du devenir des sociétés humaines.

Dans le cadre de l’évolution,  il y a un « bug » qui pousse le sapiens à tuer sa force de reproduction. Contreproductif. Aussi, pour lui, plus encore que les désordres climatiques, les violences faites aux femmes -et aux enfants – sont la première menace pour l’évolution et la survie de l’Homo Sapiens.

A méditer. Pour agir.

Sylvie Durand-Trombetta

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